Après la descente de l'avion, récupérage des bagages et direction la douane. Rien à déclarer surtout quand tu causes prou ou si peu la langue. En autocar, direction l'immeuble de résidence. Des bâtiments modernes, des anciens et typiques comme toute ville. Panneaux routiers connus contrairement à l'écriture, même si nous la déchiffrons. Heureusement, parfois, des caractères romains pour indiquer le centre-ville, la gare routière ou ferroviaire et le palais impérial. En périphérie de la mégapole, tout en étant en ville, deux petits immeubles avec studios pour séjour de trois mois. Nuit de repos, lever et petit-déjeuner. Promenade découverte du quartier qui laisse pantois et étourdi. Nous sommes dans un village,- au cœur de la cité-, avec sa mairie, ses écoles et sa poste. Sur une des avenues qui le borde, la station de métropolitain; sur l'autre, trois lignes de bus pour la grande banlieue et sur les dernières,- des larges rues plutôt que des avenues-, quelques commerces. Dans ce village, tout semble similaire à la France et à ses petites villes tout en étant différent. En vitrine des restaurants, des sushis, des sashimis et autres salades en plastique si réalistes que nous les mangerions. Dans les boutiques, peu de souvenirs, nous ne sommes pas dans une zone touristique si tant est que cela existe à Tokyo.
Et oui, nous sommes au Japon ! Je sais ce que vous pensez : foule, modernité extrême, ordre et discipline, pensées et coutumes totalement différentes et fermées pour les Européens. Avant de débarquer ici, j'avais peu de connaissances du pays et pensais les mêmes choses. Les deux années d'initiation à la langue nous avaient juste apporté les bases pour ne pas commettre d'impair et vexer nos interlocuteurs. Première notion et la plus importante : se présenter en japonais, annoncer que nous parlons mal la langue et que nous désirons discuter en anglais. Seconde notion : en anglais, annoncer que nous sommes français de Paris et que nous souhaitons échanger dans notre langue. Avec beaucoup de chance, notre interlocuteur est capable de se présenter en français. Ensuite, la discussion se poursuit en anglais. Nous découvrons vite que les Japonais ont une passion pour la France et sa culture. Cela s'avèrera bien utile dans ce pays. Nos idées sur ce pays et son peuple sont juste mais un peu stéréotypées. J'en reviendrais avec le désir de m'y installer, désir qui m'hante encore parfois. Je veux surtout le faire découvrir à mon aimée.
Avec les bases de japonais apprises durant deux ans, nous pouvons déchiffrer les syllabaires kathakali et hiragana, échanger un minimum avec la population et tenter de comprendre ce qui se dit ou s'écrit autour de nous. C'est surtout l'immersion dans la vie quotidienne de la population qui nous permet de mieux comprendre la mentalité et l'existence de ce peuple charmant et accueillant. Durant une semaine, entre les cours dans un quartier voisin, exploration du "village" et rencontre avec ses habitants. Découverte des us et coutumes, rencontre avec quelques personnes qui préparent la fête traditionnelle et religieuse du "village". Invitation pour se joindre à eux et porter le temple reliquaire shinto à travers les ruelles. Rendez-vous le week-end prochain sur la place principale face à un hangar où est gardé précieusement le reliquaire. La semaine s'écoule avec d'autres découvertes, les repas dans les restaurants de sushis où les plats défilent sur un tapis roulant. Enfin, voici le moment des réjouissances. Accueil chaleureux, prêt d'éléments de tenue traditionnelle : un kimono et un bandeau avec symbole religieux et première gorgée de saké artisanal. Les anciens initient les plus jeunes à l'habit rituel, les mères préparent le riz pour les sushis et l'huile pour les tempuras, les hommes s'occupent du saké ou des bières locales alors que d'autres prient avant la sortie du reliquaire. Le voilà porté par une demi-douzaine d'habitants en tenue complète de l'ancien Japon. Départ vers le temple situé à quelques traboules de là mais en passant par presque toutes les allées du village. A chaque arrêt, petit buffet avec divers plats et nombreuses rasades de saké. Rapidement, les Japonais sont en état d'ébriété tout en restant courtois : la force de la retenue asiatique ! Le reliquaire passe de mains en mains et finit sur nos épaules, je me sens japonais au plus profond de moi-même.
Durant trois mois, j'ai vécu à Tokyo tout en visitant les alentours et j'ai souhaité rester dans ce pays. Je n'ai pas pu puisqu'il me fallait finir mes études en France. Aujourd'hui, je rêve d'y retourner et de côtoyer encore sa population plaisante et accueillante.
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